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Le blog Tout pour Elles est destiné aux femmes qui travaillent ou à celles  qui veulent (re)trouver un emploi.

"Tout pour elles" a remporté
le Blog d'Or 2006 grâce à vous
. Encore mille mercis ! 

Son but : mettre en avant des expériences personnelles, des bons plans, des exemples à suivre, des pistes plus ou moins connues mais pas forcément bien utilisées... pour réussir à s'en sortir ou pour mieux vivre sa vie professionnelle. On aborde ici des sujets sérieux (salaire, discrimination, harcèlement, chômage...) et aussi des sujets plus légers, mais avec un seul point commun : le travail. Dans l'idéal, ce blog réunirait une communauté de femmes actives ou non, de tous milieux sociaux, de tous âges, et qui s'entraideraient. Les hommes sont également bienvenus...

Pourquoi ce titre ?
Parce que les femmes ont tout pour elles, tout pour réussir, tout pour s'épanouir, mais parfois elles ne le savent pas ou elles en ont peur. Allez les filles, au boulot !!! :-)

C'est qui l'auteur ?
Je m'appelle Corinne, j'ai 41 ans, je suis journaliste à Paris, spécialisée dans l'emploi et la formation, et maman d'un "petit" garçon de 10 ans. Les femmes, leurs activités et "combats" professionnels m'ont toujours beaucoup intéressé. Pour autant, je ne suis ni une féministe extrémiste, ni une militante acharnée, mais juste une femme qui met son expertise professionnelle aux services des autres, aux femmes en particulier. Pour en savoir plus sur mon parcours et mes envies professionnelles, vous pouvez lire l'interview accordée au Blog emploi challenge. N'hésitez pas à commenter mes billets. Et pour m'écrire directement, c'est ici :
toutpourelles@wanadoo.fr  


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    Elles travaillent

    Lundi 15 mai 2006

    J'ai lu dans le magazine littéraire "Lire" de mai 2006 une interview fleuve d'Elisabeth Badinter, grande spécialiste des rapports homme-femme. Le titre de l'article met tout de suite dans le bain : "Les femmes retournent à la maison. Pourquoi ?" Cette philosophe que personnellement j'admire beaucoup, constate un phénomène nouveau qu'elle date d'il y cinq à sept ans.

    Extraits : "Des jeunes femmes entre 28 et 35 ans (...) qui ont bac + 5 et qui viennent d'un milieu favorisé socialement, économiquement et culturellement, décident de lâcher leur travail pour faire un enfant, se consacrer à leur mari et à leur famille.(...) Pourquoi ? Certaines parlent du "plafond de verre" : "j'ai beau me déchaîner, je n'arriverai jamais au premier rang car il est réservé aux hommes" (...). Beaucoup de femmes se demandent donc pourquoi elles s'investiraient dans un métier (...). C'est très bien de se dire : "je rentre à la maison afin d'être plus disponible pour mon mari et mes enfants" mais cela ne fait pas diminuer les taux de divorce. De plus, il est extraordinairement dur de réintégrer le marché du travail lorsqu'on l'a lâché (...)." Pour Elisabeth Badinter, "il ne faut à aucun prix lâcher son indépendance économique lorsqu'on est une femme. Si on a la chance d'avoir un travail (et qu'il ne s'agit pas de pousser des wagons au fond de la mine), il faut s'accrocher tant que l'on peut. Le travail et l'argent ne font pas, je le sais, la condition du bonheur. Mais l'indépendance économique évite l'aliénation (...)". A méditer !

    Par Corinne
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    Mardi 30 mai 2006
    Entre reprendre un boulot et faire garder son enfant, on peut légitiment hésiter parce qu'en faisant ses comptes, on peut perdre au change, surtout lorsqu'on touche les allocations (APE, API, RMI...).
    L'Araf (aide à la reprise d'activité des femmes) semble un bon coup de pouce financier pour les mamans qui sont dans ce cas. L'Anpe leur verse 460 euros si elles ont un ou plusieurs enfants de moins de 6 ans non scolarisé, 305 euros s'ils sont scolarisés.
    Une aide plutôt sympa donc ! A première vue. Seule condition : avoir retrouvé un emploi. Et c'est là, le problème. D'abord ce boulot, il faut le trouver ! Ce qui n'est déjà pas une mince affaire. Ensuite, si le CV a fait mouche, comment se rendre à un entretien lorsqu'on n'a personne pour faire garder Jérémie et Nicolas ? Mamie n'habite pas forcément à côté et peut-être a-t-elle d'autres occupations. Et s'il faut commencer un job dès le lendemain, on en fait quoi de ses enfants ?!
    Des détails sur l'Araf ? Direction l'Anpe.
    Par Corinne
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    Vendredi 2 juin 2006

    Vous bossez ? Vous avez pris un jour de congé ? L'entreprise vous libère ? Vous faites grève ?

    Selon un sondage de l’Andcp (l’association des DRH), ce lundi-là sera un jour travaillé pour 56 % des entreprises. Personnellement, j’ai posé un RTT. Pas le choix : l’école de mon fils est fermée ! Et vous ?

    Pour râler, rendez-vous sur le site Les amis du Lundi de Pentecôte.

    Par Corinne
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    Lundi 5 juin 2006

    Il parait - d'après deux auteurs américains - que La femme est un loup pour la femme, en particulier au boulot. Les conflits entre collègues femmes, ça décoiffe, plus qu'entre les hommes. Elles sont calculatrices, mesquines, arrivistes, hypocrites... Horribles, en somme !

    Spontanément, j'ai souri en redécouvrant ce livre daté de 2004. Et puis, en y réfléchissant, je me suis dis qu'il y avait peut-être bien du vrai dans cette formulation...

    Qui n'a pas voulu m'accorder le poste que je convoitais sous l'argument affiché qu'il y avait déjà "trop de femmes dans l'équipe" ? Qui a accepté de m'augmenter de... 10 francs (c'était à l'époque !) après cinq ans de bons et loyaux services ? Qui n'a pas voulu m'accorder mon mercredi de libre sous prétexte que "les clients travaillent bien eux ce jour-là", alors qu'en fait je n'avais affaire qu'à des clientes qui bossaient tous les jours, sauf le mercredi ? Qui m'a renvoyé mon CV dans les dents parce que je n'étais pas passée par une école cotée, en particulier la même que la sienne ?...

    A chaque fois, il faut bien l'avouer, c'était une femme !

    Et qui m'a donné carte blanche pour monter un projet stratégique alors que je n'avais aucune expérience en la matière ? Qui a trouvé les mots justes pour me réconforter lorsque je me suis effondrée en pleurs sur mon ordinateur ? Qui a voulu m'offrir un pont d'or lorsque j'ai démissionné pour suivre mon ami à Paris ?

    C'était un homme !

    Et qui m'a reçu dans un tout petit bureau, moi Petit chaperon rouge de 20 ans, Bac + 1, timide, empotée, balbutiante, pour m'entendre dire que je serais parfaite dans un emploi d'animatrice radio ?!?!?!? Une sadique, une vicieuse, qui cherchait sûrement à m'humilier, à m'enfoncer ? Et bien, oui ! Et elle a eu bien raison de me pousser à bout, car sans sa remarque, vous ne seriez pas en train de me lire :-)

    Par Corinne
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    Mardi 6 juin 2006

    De plus en plus de jeunes filles et de femmes choisissent de construire leur carrière dans le bâtiment. Et oui, la profession se féminise, et avec elle le nom des 30 métiers du secteur : carreleuse, maçonne, couvreuse, menuisière, plombière... La Fédération nationale du bâtiment est aux anges. Voilà une main d'oeuvre dont on découvre brusquement qu'elle a bien du charme et des qualités, surtout dans un domaine qui peine à recruter et qui craint les ravages du papyboom.

    D'ici 2009, 30 000 femmes sont donc attendues pour patauger dans les chantiers, manier truelles, pinceaux, clés anglaise et grues, pour virevolter dans les ateliers et interpeller les clients. Pour l'instant, elles sont 10 000 soit 9,5 % des effectifs. Près de 47 % sont des employées et techniciennes, 11 % des cadres, un peu plus de 1 % des ouvrières (maçonnes, charpentières, tailleuses de pierre).

    Et la Fédération de multiplier les opérations de séduction. Non, nos métiers ne sont pas si pénibles que ça, pas si sales qu'on veut bien le croire, pas si mal payés finalement, et bien sûr sans aucune discrimination salariale. Et les horaires ? Moins pire que dans la restauration. Quant à l'ouvrier casqué qui râcle sa gamelle à l'heure du déjeuner, assis sur des gravats tout en sifflant une passante, mais vous avez vu ça où ?!

    Et elles s'éclatent apparemment ces jeunes filles. Béatrice, 24 ans, affirme "se réaliser" lorsqu'elle tire une chape pour poser ensuite le carrelage. Virginie, 23 ans, reconnaît que porter des sacs "c'est parfois fatiguant, mais ça va". Pour Isabelle 32 ans, impossible d'être déprimé lorsqu'on pose du parpaing. Ghislaine, 40 ans, adore la variété de la maçonnerie : "on créé de nos mains, mais jamais sans nos têtes." Et toutes de louer la "super ambiance" et "la géniale entente" avec leurs homologues masculins. Encore plus de témoignages - aussi bien bétonnés - sur le site de la FNB.

    Franchement, vous y croyez vous ? Moi, ce que j'aimerais bien savoir, c'est le taux de turn-over féminin dans ce secteur-là. Il est déjà important rien que du côté des hommes : la moitié des ouvriers démissionne (source Dares, portraits statistiques 1982-2002, format pdf), là où justement la Fédération tente d'attirer les femmes... Mais apparemment, sur ce sujet, l'accès au chantier reste encore interdit !

    Par Corinne
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    Lundi 19 juin 2006

    Une équipe britannique de l’University College de Londres a démontré que les mamans professionnellement actives sont moins obèses que les mères au foyer et les mères célibataires qui ont rarement travaillé.

    Sur une cohorte de 2 600 anglaises nées en 1946 et suivies médicalement tout au long de leur vie, il ressort que "38 % des femmes au foyer sont trop grosses alors que c'est le cas de seulement 23 % des femmes qui ont une profession, des enfants et un mari.". Mieux encore : ces dernières sont bien moins malades que leurs consoeurs. Et cela quelque soit la classe sociale dont sont issues toutes ces femmes.

    Conclusion des chercheurs : les femmes peuvent tout mener de front : une carrière, un vie en couple, des enfants. C’est même excellent pour leur santé !

    Alors, si un jour votre mère (toujours inquiète), votre belle-mère (jalouse) ou votre amie (mal intentionnée), vous affirme qu’à force d’être une femme 3 en 1 -job+mari+enfants-, vous allez forcément y laisser des plumes, agitez-lui cette étude sous les yeux. Ca lui clouera le bec !

    Source : Anne McMunn, Mel Bartley, Rebecca Hardy and Diana Kuh : Life course social roles and women's health in mid-life : causation or seleciton ? J. Epidemiol. Community Health, jun 2006.

    Par Corinne
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    Jeudi 6 juillet 2006

    Chose promise, chose tenue ! Je me suis donc rendue jeudi dernier au café-littéraire d’Accenture , organisée par le réseau des femmes cadres du cabinet, Accent sur Elles. Que vous raconter de ce rendez-vous 100 % femmes ?

    D’abord, il n’y avait pas foule. Normal, m’a-t-on expliqué: difficile de solliciter des jeunes diplômées en pleine période de stage. Elles n’étaient donc qu’une petite dizaine, à s’être déplacées. Un brin intimidées face à leurs aînées arrivées au top de l’entreprise en jouant des coudes. Un brin effarouchées aussi, car je n’ai même pas eu le temps de recueillir leurs impressions qu’elles s’étaient déjà toutes volatilisées à la fin de ce rendez-vous. Dommage…

    Bon, cela serait mentir que de vous dire que ces deux heures ne m’ont pas plu. Se retrouver ainsi entre femmes pour évoquer sans concession nos atouts, nos faiblesses, nos erreurs professionnels, ça fait vraiment du bien. Qui plus est avec la consultante et chercheuse Juliette Ghiulamila, auteur avec Pascale Levet de l'excellent livre "De l'égalité à la diversité : les hommes, les femmes et les entreprises".

    Mais soyons clair. Accenture, à travers ce genre d’initiative, prêche d’abord pour sa paroisse. Le discours est rodé. Postulez et travaillez dans ce cabinet, c’est

  • - avoir des chances de crever le plafond de verre,
  • - ne pas être considérée comme une extra-terrestre lorsqu’on demande un 4/5ème,
  • - revenir sereinement de son congé de maternité,
  • - bénéficier d’un coach pour devenir manager,
  • - pouvoir être repérée comme un haut potentiel entre 28 et 33 ans, et non pas entre 30 et 40 ans comme c’est le cas ailleurs, une période où généralement les femmes préfèrent lever le pied,
  • - etc, etc, etc.
  •  
    En même temps, elles ont bien conscience de servir aussi parfois de faire-valoir, ou de devoir essuyer des piques masculines, du style : « Elle a eu le poste parce que c’est une femme ! ». Politique de quotas oblige… Mais bon, elles assument et se serrent les coudes. Et il faut croire que leur lobbying porte ses fruits. Alors, convaincues ?


    Pour rappel : le prochain café-littéraire d'Accenture/Accent sur Elles aura lieu cet automne. Pour s'inscrire, contacter Céline Ricoce à celine.ricoce@accenture.com

  • Par Corinne
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    Lundi 17 juillet 2006

    Savez-vous qu’un peu plus de la moitié des salariés français ont choisi leur métier par hasard ?! 47 % l’ont choisi par vocation ou parce qu’ils y ont longuement réfléchi. Parmi eux, une majorité de cadres supérieurs. Les salariés sans diplôme, les employés et les ouvriers sont les plus nombreux à avoir laissé le destin s’occuper de leur orientation *.

    A quoi tient un choix professionnel ? A une passion ? Une tradition ou une pression familiale ? Un prof ? Un test ? A la sécurité de l’emploi ? A la chance ?... Pour quelles raisons avez-vous opté pour ce métier plutôt que pour cet autre ?

    Allez, s’agit pas de vous défiler ! D’autant que c’est tout à fait le genre de question qu’un recruteur peut vous poser

    * sondage BVA pour L’Express et BPI, réalisé en mai 2006 auprès de 1 131 salariés

    Par Corinne
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    Vendredi 25 août 2006

    Je vous préviens tout de suite : j’ai bien l’intention ici et maintenant de faire sauter un tabou. Et je compte sur vous pour me soutenir dans cette croisade. Ce tabou porte sur le salaire.

    Répondez franchement : vous est-il déjà arrivé de donner librement le montant de votre salaire, que ce soit au détour d’une conversation ou lorsqu’on vous pose ouvertement la question ? Non ? Bon alors, êtes-vous déjà allée jusqu’à interpeller un collègue, un ami ou un parent, sur le sujet ? Encore non ?! Ne me dites pas que cela ne vous intéresse pas de connaître le salaire d’Annie qui occupe le même poste que vous ou de Michel qui a décroché le même diplôme... Si vous ne leur demandez pas, comment pouvez-vous savoir si vous êtes payée à votre juste valeur ? Quel sera votre moyen de comparaison (entre autres) le jour où vous vous retrouverez face à votre patron pour négocier une augmentation ? Je vous rappelle – mais je pense que vous êtes toutes au courant – que la discrimination salariale homme-femme existe. La Darès l’a même chiffrée à 11 % !

    Personnellement, je trouve que connaître la rémunération de "l'autre" devrait être aussi naturelle que de savoir son métier et sa formation. Mais bizarrement, il y a comme un malaise. Il est indécent d’afficher son salaire lorsqu’il est élevé et gênant de le dévoiler lorsqu’il est trop bas. C’est culturel paraît-il. Aux Etats-Unis (encore !), il est de bon ton de claironner le montant de sa feuille de paie. En France, on préfère entourer le sujet d’un épais halo de mystère. Et le pire, c’est que certains recruteurs savent judicieusement l’entretenir. "Ne dites pas aux autres combien vous gagnez. Vous comprenez… vous êtes dans la plus haute fourchette de l’entreprise". Véridique !!!

    Et bien moi j’en ai assez que l’on tourne autour du pot, que l’on fasse des allusions, que l’on s’imagine que… alors que pas du tout ! Sous-payée, sur-payée, là n’est pas le sujet. Il est juste question ici d’avoir le courage de briser ce tabou. Etes-vous de celles-là ? Seriez-vous capable de dire combien vous gagnez à ceux qui vous le demandent ou de leur retourner la question ? Ou alors êtes-vous plutôt du genre frileuse et préférez-vous esquiver le sujet ? Si vraiment vous n’ayez aucun complexe, je ne peux que saluer votre audace !
    Par Corinne
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    Samedi 2 septembre 2006

    Lorsque j’étais jeune (oui, c’est mamie Corinne que vous lisez-là…), l’école nous demandait souvent de remplir des formulaires. Il s’agissait de préciser son nom, prénom, adresse, date et lieu de naissance, profession du père, profession de la mère. Je restais souvent le stylo suspendu au-dessus de cette dernière question. "Maman, appelais-je, qu’est-ce que je mets pour profession de la mère ?". Elle soupirait et selon la hauteur de la pile de linge, de l’état de la vaisselle dans l’évier, de la grosseur de la boîte à couture, du nombre de traces de doigts sur le frigo, de la longueur de la liste des courses, elle répondait : "Mets juste un trait" ou "Ecris : sans profession" ou "Tu n’as qu’à marquer : mère au foyer".

    Cette mise en bouche personnelle pour vous signaler qu'aujourd’hui, il existe environ 2,5 millions de femmes au foyer en France. Certaines se regroupent pour rompre leur isolement, sortir de l’anonymat, crier leur manque de reconnaissance. Le plus connu et le plus dynamique de ses réseaux est sans doute celui des Femmes au Foyer (ou FAF). Créé en septembre 2005, son forum compte près de 2 000 inscrits. Sa fondatrice s’appelle Marie-Pierre. Elle a 38 ans, deux enfants (7 et 3 ans), c’est une ancienne directrice artistique et illustratrice. Elle a crée sa propre agence de communication avant de décider de se "consacrer à sa famille". J’ai trouvé intéressant de la titiller un peu sur son côté "femme aux 100 métiers". Je vous livre le résultat de nos échanges. Garanti sans langue de bois !

     

    Pourquoi préfères-tu parler de "métier" lorsqu'il s'agit d'évoquer la "position" de la femme au foyer ?

    "Outre le fait qu'elle s'occupe la plupart du temps de ses enfants et de sa maison, une femme au foyer gère souvent le budget, panse les bobos, s'improvise pédopsychiatre dans les moments difficiles, peintre quand il s'agit de repeindre la chambre du petit dernier, cuisinière pour régaler chaque jour, etc. Au final, on dénombre presque cent métiers !!! Et les contraintes sont similaires à celles d’un travail dans une entreprise : la quotidienneté de certaines tâches, des horaires à respecter, des objectifs à remplir. A contrario, et c'est bien pour cela que ces femmes acceptent les plus basses besognes, nous avons la joie de nous organiser comme nous le souhaitons, le plaisir de voir nos enfants grandir et surtout, endosser le rôle pas toujours facile du "pilier central" de la famille."

    Tu as toi-même fait ce choix délibérément. Encouragerais-tu d'autres femmes à le faire ? Pourquoi ?

    "Oui j'ai fait ce choix en accord avec mon mari. Mais je n'encouragerai aucunement une femme à s'arrêter de travailler. Cela doit être un choix très personnel, mûrement réfléchi. On ne peut pas "encourager" une femme à faire ce choix, nous pouvons seulement en montrer les aspects positifs et négatifs. Etre femme au foyer est bien souvent synonyme de restrictions (un salaire en moins), donc de changements de vie profond, d'un manque de vie sociale (souvent une femme avec un enfant en bas âge s'isole malgré elle et ce n'est que quand les petits vont à l'école qu'elle peut penser à nouveau un peu à elle.) Il y a le regard de l'autre qui est souvent pénible, puisque la société juge la femme au foyer comme une population à part : ne rapportant pas d'argent dans le foyer, elle est forcément inactive (oisive !?) et c'est inadmissible."

    Financièrement cela ne créé-t-il pas une dépendance de la femme vis-à-vis de son mari ?

    "Une dépendance totale... et dangereuse ! En cas de décès prématuré du conjoint par exemple, la femme au foyer se retrouve sans rien, doit retravailler et on sait à quel point il est difficile de retrouver un travail après une grande absence sur le marché du travail. C'est bien pour cela que certaines associations se battent pour un salaire, des points de retraite..."

    Es-tu justement favorable à ce que les FAF bénéficient d'un salaire ? "Milites-tu" dans ce sens ?

    "Non, pas vraiment. Le problème de la femme au foyer n'est pas tant un problème d'argent en tant que tel (même si bien sûr "ça met du beurre dans les épinards"!!). Dans notre société, si on ne gagne pas d'argent, nous n'existons pas. Je pense qu'il serait plus judicieux de leur permettre de faire des petits métiers, mettre à disposition des lieux pour garder nos enfants. Il faut savoir qu'à Paris, les enfants dont les mamans ne travaillent pas n'ont ni accès aux crèches, ni à la cantine. Autant dire qu'elles n'ont pas une minute pour souffler et ce n'est pas normal. Dans n'importe quelle structure, les employés font de vraies pauses dans leur journée ; une femme au foyer... non !! Si une femme au foyer produit des objets par exemple, ou qu'elle veut proposer ses services pour un peu de repassage et gagner quelques euros, aucune solution n'est possible sans être matraquée par des charges, des impôts, etc...

    Je milite clairement pour un meilleur confort de vie pour les femmes au foyer. Je veux qu'elles apprennent à se sentir bien dans leur peau de femme (au foyer) et qu'elles s'épanouissent en tant que personnes. Une femme au foyer ne doit pas se "sacrifier" pour sa famille. N'oublions pas que la femme au foyer n'a aucun jour de repos dans l'année !"

    Ne penses-tu pas que rester à la maison, c'est bien lorsque les enfants sont petits, mais compliqué à assumer lorsqu'on veut retrouver un travail une fois que les enfants ont grandi et quitté le nid familial ? Ce qui est souvent le cas pour de nombreuses femmes...

    "Je pense que le plus dur pour une femme au foyer dont les enfants sont partis, c'est le vide soudain qui se produit. L'impression de ne plus être utile, ni nécessaire, d'où, souvent un grand désoeuvrement. Il faut préparer ce moment longtemps à l'avance. Préparer cet avenir en travaillant ou pas ne se fait pas du jour au lendemain. Il est extrêmement difficile pour une femme au foyer de retrouver du travail : les patrons d'entreprise pensent qu'elles sont déconnectées de la réalité, qu'elles seront inaptes à s'adapter au monde salarial...
    Pour moi, il est évident que l'épanouissement de ces femmes passe par un réseau qui peu se tisser au fil du temps. C'est pour cela que j'ai mis en place le forum des femmes au foyer, c'est dans l'espoir qu'elles puissent se regrouper, s'entraider, monter des projets ensemble, acquérir la certitude de leurs valeurs et de leurs qualités. Le simple fait d'exprimer leurs doutes et d'avoir des témoignages et des réponses les aide au quotidien, leur donne les armes pour aller de l'avant.

    Et puis pour conclure, n'oublions pas que dans nos cent métiers, il y a aussi celui de chef d'entreprise : "parce qu'il faut bien la faire tourner la baraque !"

    Par Corinne
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