Ma petite boutique en ligne

Publié le par Corinne

Je suis toujours épatée par ces femmes qui bricolent des petites merveilles à partir de trois fois rien : quelques pelotes de laine et hop une belle écharpe, un bout de tissu et voilà un petit sac en bandoulière, quelques boutons et ça débouche sur un sautoir, du papier doré et voilà une composition florale (coucou, maman).

Ces reines de la déco ou de la couture, on en trouve plein sur la blogosphère. Elles mettent leurs œuvres en ligne, racontent comment et avec quoi elles les ont fabriquées, partagent leur passion tout simplement. Parfois, elles vendent aussi leur jolie trouvaille, histoire de rentabiliser un peu les fournitures, sans forcément se préoccuper de savoir si elles en ont le droit ou pas. Qui viendrait donc les trouver dans ce vaste monde virtuel, n’est-ce pas ?

Je ne veux pas jouer les rabats joies, mais faites gaffe les filles. Que vous le vouliez ou non, cela s’appelle du travail au noir. Et le jour où Monsieur Fisc viendra renifler vos comptes, cela va faire mal. Très mal. Oui, mais quel statut adopter pour être dans les règles, me demanderez-vous ? C’est là que cela se complique. J'ai interrogé un consultant de l’APCE (l’agence pour la création d’entreprises). Il a lui-même reconnu le flou juridique qui plane autour de vos petits blogs/boutiques, tout en vous conseillant fortement d’en parler à un conseiller de votre centre d’impôts

"L'e-boutiqueuse" Kahlan

Ceci dit (ou plutôt écrit), j’ai voulu en savoir plus en m’adressant directement à l’une de ces artistes de talent. Et mon choix s’est porté sur Kahlan.
Installée dans le sud de la France, cette maman de trois enfants (8, 10 et 12 ans), ancienne danseuse, puis formatrice et enfin assistante de direction, a finalement trouvé sa voie en créant et vendant des bijoux (bracelets, bagues, broches, colliers…) sur la blogosphère. Elle a lancé sa boutique en ligne en septembre 2006. Voici son aventure de créatrice.

Quand t’est-il venue l’idée de créer ta boutique en ligne ?
Lorsque j’ai créé mon premier blog, il y a un peu plus d’un an, les réalisations que je présentais étaient bien accueillies et les commentaires très encourageants. J’ai eu quelques demandes d’achats, mes réalisations commençaient à s’entasser dans mon petit atelier et petit à petit, l’idée a germé dans mon esprit : et si je me lançais dans l’aventure d’une e-boutique ? Je pensais ainsi conjuguer mon besoin de m’épanouir au travers de la création et qui sait, peut-être d’arrondir les fins de mois. Je savais pertinemment que je serais loin d’avoir les revenus d’un salarié dans une entreprise (en tout cas pas dans l’immédiat), mais je souhaitais gagner au moins de quoi couvrir mes frais de fournitures, les quelques charges éventuelles et me permettre ainsi de pouvoir continuer mes créations.

Quel statut social et fiscal as-tu choisi ?
C’est un réel parcours du combattant de savoir quel statut choisir à partir du moment où l’on n’entre pas dans la case « artisan » ou « commerçant ». Les informations glanées à gauche et à droite sont contradictoires, d’un centre des impôts à un autre, on n’a pas les mêmes renseignements, il y a beaucoup de flou, peu de personnes sont au courant des lois, des derniers décrets, c’est une jungle pas possible ! J’ai erré sur Internet pendant plusieurs semaines allant de sites en forums, essayant de trouver des infos, des adresses, des témoignages, cherchant à savoir quelles étaient les démarches à faire, etc. Il y a un vide juridique manifeste et l’on navigue à vue. On lit tout et son contraire, les témoignages se contredisent. Il faut vraiment faire le tri.
Finalement, j’ai choisi le statut d’artiste libre, beaucoup moins contraignant financièrement que le statut d’artisan, et qui me permet malgré tout d’avoir un code APE (je peux ainsi bénéficier de tarifs "pro" pour l'achat de fournitures dans des magasins spécialisés et pour m'inscrire le cas échéant à un salon ou une exposition), un numéro de SIREN et de SIRET.
Mon statut fiscal est celui de la micro-entreprise, non assujettie à la TVA (BNC - Bénéfices Non Commerciaux).

Comment fais-tu pour faire connaître les produits de ta boutique ? Qui les achète ?
J’utilise mon blog « généraliste » pour présenter quelques une de mes créations, souvent pour expliquer ma démarche créative, je suis également référencée sur différents moteurs de recherche. Le site de Benita Loca a consacré un article sur mes créations, au mois de novembre 2006. J’envoie également des photos de mes réalisations à certaines boutiques de créateurs en ligne et quelques uns de mes badges sont en vente dans la petite boutique « Les Fleurs » à Paris.
Mes principales clientes sont les bloggeuses qui viennent régulièrement me rendre visite.
Cette année, je pense me lancer (si possible) dans un ou deux salons d’arts créatifs en parallèle de mon blog et je voudrais essayer de lancer un petit projet d’association avec quelques créatrices de ma région afin de partager les expériences, et faire des salons en communs si affinités par exemple.

Ta « petite entreprise » est-elle rentable ?
Il a fallu que j’investisse dans pas mal de fournitures et mes recettes ne couvrent pas mes dépenses. Je n’ai pas encore fait le bilan financier des 4 mois de vie de ma boutique (d’ailleurs je vais m’y mettre) ! Je ne sais pas encore combien de charges je devrai payer. Les infos que j’ai sont elles aussi très contradictoires et je m’attends à quelques surprises au niveau des cotisations. J’ai demandé un dossier à l’URSSAF.
Mon objectif pour 2007 est d’arriver à équilibrer les recettes et les dépenses (au minimum) et faire un tout petit peu de bénéfice (au maximum).

Quel bilan tires-tu aujourd’hui de cette expérience ?
Pour l’instant, j’en tire un bilan positif au niveau personnel et créatif. Je progresse dans mon travail, j’évolue et mes réalisations deviennent de plus en plus personnelles. Je commence à trouver mon style. Je suis une touche-à-tout et je déteste refaire les mêmes choses. En ce sens, le statut d’artiste me convient parfaitement car je n’ai le droit que de faire des pièces uniques ou de toutes petites séries (maximum 8 articles identiques).
Financièrement, c’est plus difficile et il me faudra augmenter mes ventes en 2007 pour rendre ma petite entreprise viable.

Et si c’était à refaire ?
Je le referai sans hésiter J !

Quelques conseils pour les apprenti(e)s e-boutiqueuses ?
Etre trèèèès motivée, avoir un caractère bien affirmé (mais sympa hein !!! J). Je dirais aussi de par ma petite expérience, qu’il faut être très disponible et ouverte aux autres. Je passe beaucoup de temps à répondre aux mails de gens qui me demandent des infos sur mes réalisations, mais aussi sur mon parcours, et des conseils pour débuter. Je commence à être un peu débordée, sans oublier que j’ai aussi une maison à tenir, trois enfants à m’occuper, 2 chiens, 8 chats (rires), un très grand jardin, que je m’implique dans des activités bénévoles (cours d’informatique) et que je suis également des cours de piano…

Merci Kahlan pour ce sympathique échange. Au fait, tu as oublié de signaler que tu étais aussi une photographe de talent J
Toutes les illustrations de ce billet sont des créations de Kahlan.

Publié dans Elles créent

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isabelle 03/02/2007 14:18

Pour ma part, je me lance dans le grand défi de créer son propre atelier et l'affaire n'est pas mince et les chèques à faire bien lourd quand on démarre. Heureusement j'ai la foi solidement accrochée et j'y crois à mes produits.
Si vous voulez découvrir ce qe je fais : http://lapoesiedescadeaux.typepad.fr
 
Bon séjour chez moi et merci encore pour cette note instructive

kahlan 27/01/2007 18:23

Réponse à Corinne GuardiolaJe suis allée voir ton blog Corinne. C'est vrai qu'il te faudrait contacter des entreprises de haute-couture et de prêt-à-porter  (en cherchant sur des moteurs de recherche de type Google) !!! Il y a beaucoup d'idées dans ce que tu fais.En attendant, peut être pourrais tu, en parallèle de tes créations de vêtements, réaliser des accessoires de mode et les proposer à des sites ou boutiques de créateurs en ligne !! Je ne te cache pas que c'est difficile car la concurrence est sévère et il y a aussi beaucoup de "copinage" et de ne pouvoir te rendre sur place ne joue pas en ta faveur, j'en sais quelque chose  :-)) !!! De plus une commission est prélevée sur tes ventes (entre 20 et 50 % suivant les sites) !!Excuses-moi de ne pas être très optimiste, mais je préfère ne pas te cacher la dure réalité :-( !Bon courage Corinne !!!

isabelle 26/01/2007 17:36

Voilà un article bien utile pour celles qui débutent! Merci à toi.

Corinne Guardiola 24/01/2007 22:06

Je m'appelle Corinne Guardiola, j'ai 47 ans. La création a toujours été pour moi une nécessité mais, venant d'un milieu où il était impensable d'avoir des ambitions artistiques, je n'ai osé en prendre conscience que tard dans ma vie. J'ai alors utilisé les seuls outils que je maîtrise parfaitement: les aiguilles à tricoter et le crochet. Fière des quelques "prototypes" que j'avais réalisés, je me suis dirigée vers divers organismes de création d'entreprise. Quelle gifle ! Certes, mes modèles impressionnaient ! Trop peut-être! Je n’en revenais pas ! Moi qui avait peur de passer pour ringarde en disant que j’avais la passion du tricot ! “Oh ! Ca ressemble à de la haute couture ! Ce sont des choses qui pourraient se vendre au moins 20 000F (c’était avant l’euro)”. On me couvrait d'éloges sur mon imagination et mon savoir-faire puis... on me conseillait d'un air condescendant de faire des "petites choses portables" et, pourquoi pas, d'aller les vendre sur les marchés! "Mais voyons, Madame, soyez raisonnable ! Sans argent, sans connaître personne dans ce milieu, à votre âge, sans aucune formation dans le stylisme ou la mode, vous n'y pensez pas ! Vous n'avez aucune chance !" Alors, frustée, je les ai crus, j'ai défais ces modèles qui dérangeaient tant et je me suis résignée à ces "petites choses montrables". Quelques temps plus tard, j’ai rencontré un couple qui disait faire de l’évèèènemeeentiel. Ils m’ont promis monts et merveilles. Visant les milieux libertins, ils devaient organiser des tas de défilés et m’ont demandé de faire une collection érotique. J’ai bossé comme une dingue jusqu’à 12 ou 13h par jour, les mains tartinées d’anti-inflammatoires la nuit, pour réaliser la vingtaine de modèles demandés en un mois. J’ai malgré tout pris beaucoup de plaisir à travailler sur cette collection car je pouvait laisser libre cours à mon imagination sans avoir peur de choquer ce public. Seulement, voilà, je n’ai vu venir ni les monts ni les merveilles! J’ai juste fait le salon de l’érotisme de Toulouse : beaucoup de succès mais aucune vente ! (Au fait, je confirme: Rocco Siffredi est charmant et très simple).J'ai mis mes espoirs en berne et j'ai bricolé un site très maladroit. Je vous en donne l'adresse ci-dessous. Aujourd’hui, j’ai toujours cette soif inimaginable de rattraper tout ce temps gâché à ne pas oser.J’ai des idées plein la tête mais je me retiens encore de faire ces modèles qui, parfois m’empêchent de dormir, car je ne sais pas comment me faire connaître. On me conseille de proposer mes créations à certaines boutiques de luxe en dépôt-vente, de contacter des créateurs, de m’adresser aux japonaises qui, dixit un designer sur le net,”seraient folles de ce genre de vêtements”.Tout ca me fait rêver mais qui contacter, où, comment, avec quels arguments ?Etant dans une situation précaire, je ne peux envisager ni emprunt ni investissement important. Alors, comment faire ? Abandonner ma passion ? Impossible, mes doigts s’ennuieraient et ma tête exploserait ! Continuer à stocker des modèles en espérant que...? Je fais ça depuis trop longtemps !Pour l’instant, je me “contente” de quelques rares commandes “alimentaires”.Je vous lance un SOS pour passionnée en détresse !

Corinne 21/01/2007 16:34

@ Agathe : merci pour ce commentaire, et aussi pour votre gentil mail envoyé en paparallèle... Bravo à vous, le nom de votre boutique est très bien trouvé, et vos accessoires sont drôlement jolis. Bonne continuation !J'en profite pour rappeler à toutes celles qui le désirent, qu'elles n'hésitent pas à signaler ici leur blog/boutique, à parler de leurs créations et de leur expérience (petite ou grande) de webentrepreneuse... D'avance merci.