Vous portez des bas ou des collants ?

Publié le par Corinne

A 25 ans, je travaillais comme hôtesse d’accueil dans un séminaire de formation à Cannes. Nous étions tous en train de prendre le petit-déjeuner près de la mer et il faisait très chaud. Je décidais de retirer la veste de mon tailleur et de rester vêtue d’une chemisette à dentelles et à manches courtes, boutonnée dans le dos (le détail a son importance).

Je butinais ainsi de table en table, prévenante, avenante, 100 % dans mon rôle, lorsque j’entends tout à coup un homme m’interpeller. "Mademoiselle… Mademoiselle… Votre chemisier est ouvert derrière… Vous permettez que je vous... boutonne ?". Loin d’être discret, ce quadragénaire avait lancé sa proposition bien fort, prenant à témoin ses voisins. Aussitôt dit, il se lève et s’approche de moi. "Alors ? Vous permettez ?" insiste-t-il goguenard en tendant ses bras et en jetant un regard complice à ses collègues. J’ai piqué un fard, je l’ai remercié en souriant et je me suis laissée "boutonner" devant un public ravi de ce show improvisé.

Longtemps, je me suis maudis de n’avoir pas réagi, de n’avoir pas lancé LA répartie, celle qui aurait cloué ce goujat sur place. Et puis, je m’en suis prise à mon chemisier. Après tout, c'était sa faute. Quelle idée de l’avoir mis ce jour-là ! J’aurais mieux fait de garder ma veste. Tant pis pour la chaleur. Mais peut-être qu’après tout, étais-je trop mijorée, voire coincée. J'aurais dû prendre le parti d’en rire, d'en plaisanter. Ah, ah, ah, trop marrant ce type ! Et quel humour !... Mais non. Finalement, je n’ai jamais trouvé ce "mec lourd" très drôle.

Si je vous raconte cette anecdote aujourd'hui, c'est que je sais que nous sommes nombreuses à être confrontées à ce genre de situation.

Que ce soit dans la rue, dans les transports en commun ou dans le monde professionnel, nous sommes souvent la cible de jugements et de remarques déplacés et gênants lancés par une catégorie d’hommes se croyant sympathiques et drôles, et qui en fait ne cherchent qu’à gêner et humilier pour asseoir leur domination sociale et sexuelle. Et bien, je viens de découvrir tout récemment que ce comportement porte un nom précis. C'est "le paternalisme lubrique".*

Attention, je ne parle pas là du gentil dragueur, du type sympa qui cherche une ouverture, du collègue qui fait une remarque charmante sur notre robe (et pas sur notre décolleté !). Ni du harceleur sexuel ou moral dont j’ai déjà parlé ici. Mais de cet homme que vous ne reverrez peut-être ou sans doute jamais, qui vous coince et vous déstabilise par des propos choquants ou des gestes anormalement familiers, qui vous prend pour sa chose, vous met en position d’infériorité, face auquel vous avez forcément envie de dire "NON".

Côté travail, les principales victimes de ces "mecs lourds" sont les hôtesses d’accueil, les serveuses, les vendeuses, les infirmières, les journalistes, les comédiennes, les standardistes, les caissières, les ouvreuses… Celles qui non pas le choix, juste celui d'encaisser pour ne pas perdre leur boulot.

Alors que faire si vous vous retrouvez face à un de ces "paternalistes lubriques" ? (décidément, j'adore cette expression !). Garder le silence, lancer un regard qui tue ou les ignorer, propose Natacha Henry. Il parait que cela les déstabilise. De toute façon, nous ne sommes pas vraiment faites pour leur en coller une, n'est-ce pas ? 

* Les mecs lourds ou le paternalisme lubrique. Natacha Henry. Ed. Robert Laffont

Publié dans Elles s'entraident

Commenter cet article

amelie 16/02/2007 14:44

faut pas genéraliser..mais d'une facon generale, ca mérite de porter plainte

Chaminou 15/01/2007 14:23

Problème (oui, c'en est un) récurrent, en effet. Le truc, c'est que l'on nous oblige aussi à avoir la réaction ad hoc en un temps record alors que le macho en question est tellement sûr de lui (et de sa cownerie) qu'il a déjà toute une armada de collabos autour de lui. Pas évident, en effet. Mais il est bon de ne pas se sentir isolé-e, d'avoir espoir que quelqu'un-e réagisse... On eput toujours rpever ! ;o)

FEP collants 24/12/2006 16:54

des pervers il y en a partout..meme sur notre site

Corinne 13/11/2006 22:32

@ His : attends ! je n'ai pas écrit que vous étiez tous des "pervers paternalistes" ! Et je fais bien la différence dans ma note avec le "gentil dragueur, le type sympa qui cherche une ouverture, le collègue qui fait une remarque charmante"... Mais tu avoueras que face à une certaine catégorie d'hommes qui exprime sa supériorité de mâle par des propos choquants ou déstabilisants, je ne vois pas trop où sont les "effets" que nous sommes censés provoquées. On peut nous respecter même si on a choisi de porter une jupe, non ? :-)@ Poulpie : bienvenue et merci pour ton témoignage. Et si la prochaine fois, tu traitais ton collègue de "coq" ? :-)

Poulpie 13/11/2006 17:07

La semaine dernière, j'ai rendu service à un commercial en l'accompagnant chez un client.
Par 2 fois il a dit "poule" en parlant de moi au client. Le client (plus intelligent que mon collègue) lui  a dit "Vous allez finir par l'énerver".
 
Je n'ai rien dit car je ne voulais pas créer une discorde devant le client. Et je n'ai rien dit ensuite au collègue pour ne pas passer pour la rabat-joie ou la féministe. Je vous promets que s'il me redemande ce genre de services, il ira se faire voir...