Profession : femme au foyer

Publié le par Corinne

Lorsque j’étais jeune (oui, c’est mamie Corinne que vous lisez-là…), l’école nous demandait souvent de remplir des formulaires. Il s’agissait de préciser son nom, prénom, adresse, date et lieu de naissance, profession du père, profession de la mère. Je restais souvent le stylo suspendu au-dessus de cette dernière question. "Maman, appelais-je, qu’est-ce que je mets pour profession de la mère ?". Elle soupirait et selon la hauteur de la pile de linge, de l’état de la vaisselle dans l’évier, de la grosseur de la boîte à couture, du nombre de traces de doigts sur le frigo, de la longueur de la liste des courses, elle répondait : "Mets juste un trait" ou "Ecris : sans profession" ou "Tu n’as qu’à marquer : mère au foyer".

Cette mise en bouche personnelle pour vous signaler qu'aujourd’hui, il existe environ 2,5 millions de femmes au foyer en France. Certaines se regroupent pour rompre leur isolement, sortir de l’anonymat, crier leur manque de reconnaissance. Le plus connu et le plus dynamique de ses réseaux est sans doute celui des Femmes au Foyer (ou FAF). Créé en septembre 2005, son forum compte près de 2 000 inscrits. Sa fondatrice s’appelle Marie-Pierre. Elle a 38 ans, deux enfants (7 et 3 ans), c’est une ancienne directrice artistique et illustratrice. Elle a crée sa propre agence de communication avant de décider de se "consacrer à sa famille". J’ai trouvé intéressant de la titiller un peu sur son côté "femme aux 100 métiers". Je vous livre le résultat de nos échanges. Garanti sans langue de bois !

 

Pourquoi préfères-tu parler de "métier" lorsqu'il s'agit d'évoquer la "position" de la femme au foyer ?

"Outre le fait qu'elle s'occupe la plupart du temps de ses enfants et de sa maison, une femme au foyer gère souvent le budget, panse les bobos, s'improvise pédopsychiatre dans les moments difficiles, peintre quand il s'agit de repeindre la chambre du petit dernier, cuisinière pour régaler chaque jour, etc. Au final, on dénombre presque cent métiers !!! Et les contraintes sont similaires à celles d’un travail dans une entreprise : la quotidienneté de certaines tâches, des horaires à respecter, des objectifs à remplir. A contrario, et c'est bien pour cela que ces femmes acceptent les plus basses besognes, nous avons la joie de nous organiser comme nous le souhaitons, le plaisir de voir nos enfants grandir et surtout, endosser le rôle pas toujours facile du "pilier central" de la famille."

Tu as toi-même fait ce choix délibérément. Encouragerais-tu d'autres femmes à le faire ? Pourquoi ?

"Oui j'ai fait ce choix en accord avec mon mari. Mais je n'encouragerai aucunement une femme à s'arrêter de travailler. Cela doit être un choix très personnel, mûrement réfléchi. On ne peut pas "encourager" une femme à faire ce choix, nous pouvons seulement en montrer les aspects positifs et négatifs. Etre femme au foyer est bien souvent synonyme de restrictions (un salaire en moins), donc de changements de vie profond, d'un manque de vie sociale (souvent une femme avec un enfant en bas âge s'isole malgré elle et ce n'est que quand les petits vont à l'école qu'elle peut penser à nouveau un peu à elle.) Il y a le regard de l'autre qui est souvent pénible, puisque la société juge la femme au foyer comme une population à part : ne rapportant pas d'argent dans le foyer, elle est forcément inactive (oisive !?) et c'est inadmissible."

Financièrement cela ne créé-t-il pas une dépendance de la femme vis-à-vis de son mari ?

"Une dépendance totale... et dangereuse ! En cas de décès prématuré du conjoint par exemple, la femme au foyer se retrouve sans rien, doit retravailler et on sait à quel point il est difficile de retrouver un travail après une grande absence sur le marché du travail. C'est bien pour cela que certaines associations se battent pour un salaire, des points de retraite..."

Es-tu justement favorable à ce que les FAF bénéficient d'un salaire ? "Milites-tu" dans ce sens ?

"Non, pas vraiment. Le problème de la femme au foyer n'est pas tant un problème d'argent en tant que tel (même si bien sûr "ça met du beurre dans les épinards"!!). Dans notre société, si on ne gagne pas d'argent, nous n'existons pas. Je pense qu'il serait plus judicieux de leur permettre de faire des petits métiers, mettre à disposition des lieux pour garder nos enfants. Il faut savoir qu'à Paris, les enfants dont les mamans ne travaillent pas n'ont ni accès aux crèches, ni à la cantine. Autant dire qu'elles n'ont pas une minute pour souffler et ce n'est pas normal. Dans n'importe quelle structure, les employés font de vraies pauses dans leur journée ; une femme au foyer... non !! Si une femme au foyer produit des objets par exemple, ou qu'elle veut proposer ses services pour un peu de repassage et gagner quelques euros, aucune solution n'est possible sans être matraquée par des charges, des impôts, etc...

Je milite clairement pour un meilleur confort de vie pour les femmes au foyer. Je veux qu'elles apprennent à se sentir bien dans leur peau de femme (au foyer) et qu'elles s'épanouissent en tant que personnes. Une femme au foyer ne doit pas se "sacrifier" pour sa famille. N'oublions pas que la femme au foyer n'a aucun jour de repos dans l'année !"

Ne penses-tu pas que rester à la maison, c'est bien lorsque les enfants sont petits, mais compliqué à assumer lorsqu'on veut retrouver un travail une fois que les enfants ont grandi et quitté le nid familial ? Ce qui est souvent le cas pour de nombreuses femmes...

"Je pense que le plus dur pour une femme au foyer dont les enfants sont partis, c'est le vide soudain qui se produit. L'impression de ne plus être utile, ni nécessaire, d'où, souvent un grand désoeuvrement. Il faut préparer ce moment longtemps à l'avance. Préparer cet avenir en travaillant ou pas ne se fait pas du jour au lendemain. Il est extrêmement difficile pour une femme au foyer de retrouver du travail : les patrons d'entreprise pensent qu'elles sont déconnectées de la réalité, qu'elles seront inaptes à s'adapter au monde salarial...
Pour moi, il est évident que l'épanouissement de ces femmes passe par un réseau qui peu se tisser au fil du temps. C'est pour cela que j'ai mis en place le forum des femmes au foyer, c'est dans l'espoir qu'elles puissent se regrouper, s'entraider, monter des projets ensemble, acquérir la certitude de leurs valeurs et de leurs qualités. Le simple fait d'exprimer leurs doutes et d'avoir des témoignages et des réponses les aide au quotidien, leur donne les armes pour aller de l'avant.

Et puis pour conclure, n'oublions pas que dans nos cent métiers, il y a aussi celui de chef d'entreprise : "parce qu'il faut bien la faire tourner la baraque !"

Publié dans Elles travaillent

Commenter cet article

Corinne 02/10/2006 22:48

@ Lilith : merci, mais quel rapport avec les FAF ???@ Marie : si je résume, tu es une femme aux 100 métiers qui tourne en rond et qui rame financièrement ? :-)@ Princess Strudel : on en reparle le jour où tu auras vraiment un enfant ? :-)

lilith 01/10/2006 23:42

Vu sur le site http://www.actuchomage.org
En neuf ans le nombre réel de chômeurs n'a pas baissé en France
En neuf ans, de 1996 à 2005, le chômage apparent (chômage officiel) a diminué de 21% en passant de 3.062.980 à 2.419.600 inscrits en catégorie 1 Anpe (chômage officiel). En fait, le chômage réel des diverses catégories de chômeurs et des chômeurs en partie ou en totalité dissimulés à travers différents dispositifs, calculé en équivalent "temps plein", a un peu augmenté, passant de 5.745.310 à 5.848.550.
Cependant, la population active, occupée (ayant un emploi) ou non (chômeur inscrit), est passée de 25.591.000 (1996) à 27.637.000 (2005), au sens du BIT et de l'INSEE. Cette population active doit toutefois être corrigée en réintégrant les personnes qui en sont artificiellement exclues : les dispensés de recherche d'emploi, celles en préretraites entières et les chômeurs en stage. La population active corrigée devient 26.070.000 en 1996 (+479.000) et 28.132.000 en 2005 (+495.000).
Le taux de chômage apparent (officiel) est de 11,96 % en 1996 et de 8,75 % en 2005, en prenant la moyenne annuelle de la catégorie 1 de l'ANPE.
Le taux de chômage réel est : - 16,97 % en 1996 et 14,54 % en 2005 sans tenir compte de l'équivalence chômage des emplois à temps partiel - 22,04 % en 1996 et 20,79 % en 2005 en tenant compte de ce chômage partiel de fait.
Un progrès bien faible en neuf ans et tout relatif, car si la population active continue d'augmenter, le rythme de cette augmentation s'est beaucoup ralenti au cours des dernières années. Reste à savoir la part prise par les chômeurs découragés, disparus des statistiques, dans cette diminution de la population active.
Ne croyez pas pour autant à une situation réelle plus enviable dans les autres pays en Europe ou dans d'autres régions du monde. Bien souvent, un taux de chômage officiel autour de 5 %, même estampillé Ocde ou Eurostats, cache un taux effectif du chômage compris entre 10 et 20 %. Et bien souvent, la proportion d'emplois à temps partiel est plus importante qu'en France avec un nombre d'heures plus faible (Pays-Bas, Royaume-Uni ... ).
Voir : Le chômage réel en France : 1996 et 2005 http://travail-chomage.site.voila.fr/chomage/chom_reel_1996_2005.htm
-

marie 30/09/2006 13:47

Bonjour
Et d'abord bravo merci pour votre blog et surtout pour cet article consacré aux faf. J'en suis une pour un , j'en ai fais le choix ( pas de place en crèche et des nourrices payées trop chères). J'assume mais là je commence à tourner en rond et surtout côté finance c'est pas la panacée. Je suis une femme aux 100 métiers :))

Princesse Strudel 08/09/2006 15:55

Bravo pour cet article intéressant et cette interview constructive! Je suis fermement convaincue que le boulot d'une femme au foyer est un boulot à plein temps, tous le sjours de l'année. Et quand ma copine Daphnée a rétorqué (je compatissais à la fatigue d'une amie, maman d'une petite de trios ans et enceinte de jumeaux) "c'est elle qui a choisi de pas bosser, tu ne vas pas la plaindre" j'ai avalé de travers...
Oui, entièrement "pour" le salaire du parent au foyer (le père aussi peut jouer ce rôle, hein?): pour la retraite, parce que c'est un travail à part entière, pour protéger la famille en cas de décès du parent qui travaille ou de divorce, pour permettre une indépendance du parent à la maison. Et m... aux féministes de tout poil qui râlent que ce serait "chasser les femmes du marché du travail". :+) Ca permettrait au contraire de permettre aux hommes ET aux femmes qui veulent s'occuper de leur famille d'avoir le choix, sans les contraindre à flanquer le marmotton à la crèche alors qu'il n'a pas encore six mois.
J'ai un bac + 6, une bonne expérience pro, mais le jour où j'aurais un enfant, être avec lui me tiendra plus à coeur que de rappeler à mes collègues qu'ils doivent rendre leur rapport en temps et heure.
 

luna pat 07/09/2006 00:19

oui ! Felicitations !!!