Au secours, j'ai un profil atypique

Publié le par Corinne

Lorsque je cherchais un travail de journaliste au début de ma carrière, je me suis toujours dit, très naïvement je l’avoue, que je trouverais assez facilement. J’estimais pouvoir écrire des articles sur n’importe quels sujets : une fête des vendanges, une session du Parlement européen, le blocage d’une autoroute par des agriculteurs en colère, un salon de recrutement pour jeunes diplômés, une exposition de peinture, une fermeture d’usine… Tout m’intéressait. J’avais la plume légère et vive, la curiosité chevillée à l’inspiration.

Quelle ne fut donc pas ma surprise de m’entendre systématiquement demander par des employeurs : "Mais vous êtes spécialisée dans quoi ?". J’avais beau expliqué que ma force était justement de pouvoir écrire sur tout, rien n’y faisait. Etre multicasquette était un handicap, là où je pensais que c’était un atout. Il a fallu me faire une raison. J’ai donc décidé de couper quelques unes de mes tentacules pour me plier à la demande du marché.

Si je vous parle de cette expérience, c’est que je constate encore aujourd’hui (une vingtaine d’années plus tard donc), qu’avoir un profil de généraliste et donc de touche-à-tout reste difficile à défendre au cours d’un entretien d’embauche. Les recruteurs sont comme mal à l’aise. Ils saluent votre performance, votre enthousiasme, tout en se montrant bien sceptiques.

Vous avez une formation de haut niveau, plutôt universitaire, genre Bac+5, voire plus ? Vous avez accumulé différents jobs, juste guidé par des coups de cœur ? Vous êtes prêt à vous investir sur n’importe quelle mission, n’importe quel projet, uniquement parce que vous êtes très motivé. Très bien, parfait ! Mais curieusement, on ne sait jamais vraiment ce qu’on va bien pouvoir faire de vous. Quelle est la logique de votre parcours ? Quel est le fil conducteur de votre plan de carrière ? Aucun, Monsieur, mais là est toute ma force ! Aïe, mauvaise réponse. Vous êtes le maillon faible. 

Les recruteurs ont cette triste habitude de toujours vouloir vous glisser dans une case. Ils recherchent le candidat moulé par la même école, le même parcours, les mêmes expériences. L’atypique dérange, inquiète, perturbe. De là à parler de discrimination de compétences… Oui au pays du clone, il ne fait pas bon sortir du lot. Quel gâchis, ne trouvez-vous pas ?

Publié dans Elles cherchent

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Corinne 29/01/2007 22:41

@ Freebutterfly (jolie ton pseudo...) : bienvenue ici ! Moi qui pensais qu'avoir vécu et travaillé à l'étranger était considéré par un recruteur comme un gage d'ouverture et d'adaptation. Pfff !!! Le "moule" a décidemment de beaux jours devant lui.

freebutterfly 29/01/2007 17:11

Quel réconfort de se sentir un peu moins seule. Je rajouterai juste que les "voyageuses" ont un fardeau supplémentaire sur les épaules: pour une raison qui m'échappe, les recruteurs font l'amalgame immédiat entre "qui a voyagé, vécu et travaillé à l'étranger" et "psychologiquement instable". J'ai eu beau demander maintes fois qu'on m'explique, rien de clair n'est arrivé jusqu'à moi. En dehors de l'intime conviction que, dans notre bonne société française, mieux vaut éviter de sortir du moule...

Corinne 07/10/2006 00:21

Liz et Bonfils : bienvenue ici. Merci pour vos témoignages, votre courage et vos espoirs qui redonnent un peu le moral. Bonne chance à chacune d'entre vous :-)

de Bonfils 06/10/2006 19:19

Salut les filles, j'ai moi aussi un parcours atypique j'ai travaillé dans un golf en tant que chargée de promotion, ds une agence de pub en tant que commerciale, puis pr la grande distribution (chargée de com\)...malheureusement en parallele ma vie sentimentale était plus que bancale (j'avais un homme charmant qui m'a pris un soir pr son puching boal)...avec mes 2 schroumpfs je suis partie et habite maintenant en province (normandie) et galère un peu bcp pr retrouver du travail...Dorénavant sur mon cv je mets que je suis mariée car j'ai remarqué aussi que les employeurs avaient un peu de mal avec les femmes célibataires (surtout la gente masculine)...ma grande force c'est que je suis tjrs trés positive et heureuse de vivre à ce jour j'attends une reponse pr travailler ds une scté qui recherchait une assistante marketing avec peu d'heures et plutôt bien payé...Peut-être que la chance va enfin me sourire et que mon prince charmant sur son grand cheval blanc va enfin pointer son bout du nez....Gardons espoir nous les POLYJOB du Futur...mon rêve créer ma boîte est embaucher que des gens atypiques et des femmes célibataires avec shroumpfs....

liz Fazenda 06/10/2006 14:50

Merci pour ce blog que je viens de découvrir, de plus le sujet et commentaires sur le profil d'atypique me parlent tout à fait ! 
Mon cas est probablement un exemple flagrant de tous ce qu'il ne faut pas être  : née en Afrique Australe de parents portugais, de culture anglo-saxonne, études littéraires d'abord puis poste de marketing  dans l'aérien en Afrique du Sud, résidante en France maintenant depuis 14 ans j'ai travaillé dans l'aérien ici également  puis en 2003 fermeture de la cie donc reprise d'études, Dess en marketing et stratégies de marque à 45 ans(QUOI ! A TON AGE ?) Petit passage par une agence de design(offre de cdd mais salaire trop bas) , maintenant j'envisage du freelance(conseil, traductions...) car cumul d'âge, secteur sinistré et grande sensibilité pour l'art , mode et design ne font pas bon ménage dans une entreprise classique.  Et pourtant j'y crois dur comme fer que c'est d'abord un atout, l'ouverture au monde et la curiosité pour plein de choses différentes. Il y a sûrement, quelque part des recruteurs courageux et visionnaires qui voient l'avantage d'embaucher des gens atypiques. Le croisement de cultures, expériences, connaissances et compétences ne peut que faire avancer notre monde dans la bonne direction...