Lâcher son boulot pour faire un enfant

Publié le par Corinne

J'ai lu dans le magazine littéraire "Lire" de mai 2006 une interview fleuve d'Elisabeth Badinter, grande spécialiste des rapports homme-femme. Le titre de l'article met tout de suite dans le bain : "Les femmes retournent à la maison. Pourquoi ?" Cette philosophe que personnellement j'admire beaucoup, constate un phénomène nouveau qu'elle date d'il y cinq à sept ans.

Extraits : "Des jeunes femmes entre 28 et 35 ans (...) qui ont bac + 5 et qui viennent d'un milieu favorisé socialement, économiquement et culturellement, décident de lâcher leur travail pour faire un enfant, se consacrer à leur mari et à leur famille.(...) Pourquoi ? Certaines parlent du "plafond de verre" : "j'ai beau me déchaîner, je n'arriverai jamais au premier rang car il est réservé aux hommes" (...). Beaucoup de femmes se demandent donc pourquoi elles s'investiraient dans un métier (...). C'est très bien de se dire : "je rentre à la maison afin d'être plus disponible pour mon mari et mes enfants" mais cela ne fait pas diminuer les taux de divorce. De plus, il est extraordinairement dur de réintégrer le marché du travail lorsqu'on l'a lâché (...)." Pour Elisabeth Badinter, "il ne faut à aucun prix lâcher son indépendance économique lorsqu'on est une femme. Si on a la chance d'avoir un travail (et qu'il ne s'agit pas de pousser des wagons au fond de la mine), il faut s'accrocher tant que l'on peut. Le travail et l'argent ne font pas, je le sais, la condition du bonheur. Mais l'indépendance économique évite l'aliénation (...)". A méditer !

Publié dans Elles travaillent

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Corinne 26/07/2006 20:52

Merci à toutes les deux pour vos remarques très pertinentes. J'aurais l'occasion de revenir à la rentrée sur ce sujet sensible. Un livre est en préparation sur ce thème et l'auteur (une femme bien sûr...) m'a proposé d'en discuter. A suivre...

telle 26/07/2006 10:28

Un petit peu de temps pour parcourir ton blog, ce que je fais avec beaucoup de plaisir.
J'avais aussi lu cet article et l'avais apprécié mais il y a une idée que je ne peux tolérer chez elle (et qui n'appraît pas dans els citations que tu as choisies), c'est que le travail et l'ambition sont des remèdes existentiels. L'ennui disparaît (certes) et notre vie trouve un sens. Pour moi, c'est de l'hébreu. Ma vie a un sens (enfin, j'essaie !), que je travaille ou non.

Princesse Strudel 26/07/2006 09:58

Bonjour! Ou plutôt, re-!
Ce billet m'interpelle car...
J'ai fait des études (bac+6), j'ai un boulot (je travaille depuis la fin de mes études, sans chômage) qui me plaît (même s'il y a des hauts et des bas). Et j'ai effectivement très envie de rester à la maison pouponner une fois que j'aurai un ou deux marmottons. Parce que je trouve passionnant de voir vivre et grandir des enfants. Parce que je trouve la puériculture très intéressante. Parce que si je ne bossais pas toute la journé j'aurais des dizaines de choses à faire chez moi, qui m'intéressent autant (sinon plus) que mon boulot. Parce que je trouve que l'essentiel dans la vie n'est pas de batter le record des chiffres de ventes.
Mais... comme le dit Madame Badinter (qu'entre nous je ne peux pas souffrir, mais elle a parfois raison), une femme doit garder son indépendance économique. Enfin, "une femme" ou "un homme". Un être humain en général. Parce qu'on ne sait jamais ce qui peut se passer dans un ménage (divorce, perte d'emploi du seul conjoint qui travaille, décès, maladie invalidante...). Parce que ca doit être usant de n'être "que" femme au foyer: un job à temps complet (24h/24, 7 jours/7), sans augmentation, sans reconnaissance, sans prime de fin d'année, ingrat, décrié ("comment tu ne travailles pas? Mais tu fais quoi de tes journées="). Parce que j'aurais du mal à dépendre de mon mari pour tout et de devoir lui rendre des comptes sur l'achat de mes petites culottes.
C'est ici que je rejoins ce monsieur qui t'a envoyé un mail un peu... mal dégrossi. Oui, je trouverais normal que le parent restant au foyer (attention, je ne dis pas "la femme", car il y a aussi des hommes au foyer) recoive un salaire. Pour lui permettre d'avoir une indépendance, même relative. Pour marquer une reconnaissance de son travail (élever un enfant et tenir un ménage est à mon sens un vrai travail). Pour offrir une sécurité à la personne qui rennce à son emploi salarié pour s'occuper de sa famille.
Bonne journée, Lea

Profette 20/05/2006 17:05

Bonjour ! Je viens de découvrir ce blog et je lui souhaite longue vie : nous sommes nombreuses à devoir concilier travail et vie de famille et à savoir que le problème évoqué dans ce billet est un vaste sujet...
L'idéal, à mon avis, quand on peut le faire, c'est de s'arrêter la première année de l'enfant et reprendre à mi-temps jusqu'à ce qu'il soit plus grand (fin de primaire). Mais j'ai un métier qui me permet de le faire, ce n'est malheureusement pas le cas de tous.Je pense aussi qu'il est important de garder une "indépendance économique" et aussi d'avoir une vie en-dehors du foyer, mais je sais que ce n'est pas forcément le cas pour toutes les femmes...Il faut pouvoir gérer la pression et la "double journée" quand on travaille, sans compter que souvent, entre garderie, cantine et trajets, on est bien souvent financièrement perdantes de travailler en élevant de jeunes enfants (c'est mon cas cette année). Et c'est aussi souvent dur pour les enfants, entre la fatigue des différents moyens de garde et l'absence des parents...
Bref, vaste sujet, bon courage à toutes en tout cas...